Depuis la Loire

La Loire n’est pas seulement le point de départ de BatoLabo — elle en est la matrice. La navigation est née à la confluence de plusieurs dynamiques engagées ces dernières années : les travaux du Parlement de Loire, la reconnaissance des savoirs nautiques ligériens au Patrimoine Culturel Immatériel, ou encore La Grande Remontée de Loire navigation collective de l’estuaire jusqu’à Orléans. L’équipage a participé à ces aventures et imaginé BatoLabo comme une manière d’en prolonger les recherches, les récits et les expérimentations.

À la racine de cette navigation, il y a cette envie partagée de se mobiliser pour défendre les communs naturels, le vivant, nos vies. Et la conviction que la transformation écologique et sociale dépend de notre capacité à nous sentir concernés et affectés, mais aussi à nous mobiliser éthiquement et politiquement autour de problématiques communes.

BatoLabo fait le pari que la beauté, le rêve, l’émerveillement et le partage de savoirs nous solidarisent. Que ce sont des forces de mobilisation.

Le voyage en bateau ouvre un espace de disponibilité qui est rare. Le rythme est ralenti, le regard se déplace. Il offre les conditions d’une attention très particulière, de l’intérieur, de son interface la plus singulière, aux milieux de vie que nous habitons. Le bateau est ainsi envisagé comme un lieu d’accueil, de rencontre, de création et d’expérimentation. 

BatoLabo cherche à documenter et à faire émerger des formes d’attachement qui nous relient aux rivières, aux fleuves, et à celles et ceux qui vivent avec eux. Nous souhaitons retrouver une capacité d’agir, d’avoir prise sur le réel, de prendre la mesure de nos usages, de nos gestes, de nos imaginaires de l’eau.

Cette dynamique s’est ramifiée avec un ensemble de partenaires scientifiques, artistiques, institutionnels et citoyens. BatoLabo est aujourd’hui un laboratoire de recherche-création en mouvement, qui navigue en ce moment même sur les fleuves, rivières et canaux d’Europe.

Autour de l’eau douce, faire circuler des récits

Nous ne pouvons ignorer les périodes où l’eau vient à manquer, ni celles où elle surprend par ce qu’elle charrie et détruit sur son passage. L’eau qui invente, qui est à la jonction et à la transformation de toute chose vivante, sociale, géologique, culturelle… Celle qui est désormais un marché, qui est contrôlée, dérobée, et dont les conditions d’accès sont au cœur de tensions écologiques et géopolitiques majeures.

Notre rapport à l’eau serait-il le reflet de notre rapport au monde ?

Beaucoup d’encre a coulé sur ce sujet et de nombreuses initiatives émergent partout en Europe pour tenter de donner davantage de voix et de pouvoir aux habitant·e·s des cours d’eau.

 

Documenter les attachements

BatoLabo développe des recherches de terrain depuis les fleuves, à travers des expériences de navigation et d’enquête embarquée. Avec le réseau des Maisons des Sciences de l’Homme (MSH), la navigation accueille une enquête en sciences humaines et sociales, avec l’hypothèse que les attachements aux cours d’eau sont des vecteurs de mobilisation collective et de politisation. L’enjeu est de recueillir et de caractériser les différentes formes d’attachement aux rivières, de retisser comment ces attachements se manifestent en relation avec les territoires fluviaux et d’identifier les vecteurs d’engagement politique que cela suscite. La notion d’attachement est généralement restée dans l’ombre d’une recherche focalisée sur l’adaptation à un monde fondé sur l’instabilité et le changement permanent qui impose de poser les termes du problème de manière surplombante et autoritaire.

Si l’attachement occupe une place forte dans le développement individuel, ce mécanisme forge notre relation aux autres, aux choses et aux lieux. L’attachement peut donc être compris comme l’un des fondement des mobilisations collectives, favorisant l’ancrage territorial et le tissage d’un réseau de solidarité environnementale. Si l’on veut pouvoir créer des passerelles entre les communautés fluviales et les riverain.e.s qui militent pour un nouveau rapport aux cours d’eau, il est donc nécessaire de documenter ces attachements et de les colporter.

Une posture expérimentale

Nous explorons une co-production de savoirs depuis la milieu fluvial. Des résidences de recherche embarquées se dérouleront tout au long du voyage afin que chacun.e puisse partager leurs travaux et instaurer un dialogue entre leurs pratiques et leurs recherches mutuelles.

À bord de La Fillonnerie, la posture de recherche n’est pas réservée aux scientifiques. Les artistes, les navigateurs, les habitant·es rencontré·es en chemin sont aussi des chercheur·ses — par leurs pratiques, leurs sens, leur connaissance intime des lieux. C’est cette co-production de savoirs, dans des langages parfois non verbaux, qui permet de contourner les barrières de la langue et des disciplines.

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