Un dispositif de recherche-création depuis le cours d’eau

 

Batolabo explore une co-production de savoirs depuis le milieu fluvial en accordant une attention particulière au sensible. La Fillonnerie devient alors, pour cette longue dérive dans les eaux intérieures du continent, un bateau-laboratoire du sensible, de l’enquête, du spectacle et de l’imagination. A travers ce dispositif, Batolabo incarne un vecteur d’attachement fluvial dont l’ambition est de susciter un « buzz émotionnel » (Sébastien, 2022) au cours duquel de nouvelles émotions collectives fortes se fabriquent par l’entremêlement des relations passées, présentes comme futures au cours d’eau. Ainsi, nous postulons que les émotions ne doivent pas être considérées comme un empêchement à la pensée rationnelle mais comme permettant d’acquérir des connaissances et une compréhension des milieux fluviaux.

Le déplacement à bord d’un bateau de Loire à caractère patrimonial (La Fillonnerie), fait partie intégrante de la méthode pour aller à la rencontre des territoires fluviaux et de leurs communautés.

Par la navigation, ce dispositif inédit braque les projecteurs sur les cours d’eau et ses enjeux, rend compte des continuités entre des systèmes fluviaux fragmentés et met en lien différentes cultures fluviales avec autant de traditions, de pratiques et de savoirs que de régions arpentées.

La navigation ne joue pas ici le rôle de véhicule touristique, ni de plaisance, mais bien de véhicule exploratoire dans lequel s’élabore des espaces d’expérimentations et de mise en récits qu’il s’agira d’essaimer. Les données produites constituent un corpus mixte (entretiens, captation sonores, illustrations graphiques, photos, prélèvements, etc.) qui pourra être exploité à des fins artistiques, pédagogiques, scientifiques.

Le laboratoire itinérant de BatoLabo s’articule autour de trois projets :

ReciTER – BatoLabo / L’attachement au cours d’eau : du point d’amarrage à l’expérience de la traversée !

En coopération avec les chercheurs de la MSHe Nicolas Ledoux (Cyril MASSELOT et Laure NUNINGER), BatoLabo mène une enquête embarquée autour des attachements au cours d’eau. La notion d’attachement revient à saisir à quoi nous tenons. Elle permet de partir de ce qui est vécu, ressenti afin de comprendre comment cela peut produire un processus culturel partagé qui s’ancre sur les caractéristiques physiques et patrimoniales du milieu fluvial. Ainsi, l’attachement sortirait de la sphère de l’intime pour être mis en mots, en acte jusqu’à susciter une mobilisation collective.

Cette enquête cherche à mettre en récit les attachements au cours d’eau à partir de ce qui nous ancre dans un lieu/temps donné (point d’amarrage) et ce qui s’entrecroise dans notre trajectoire (traversée) avec le cours d’eau en mouvement (Ingold, 2007). Ce n’est plus seulement le lieu comme point fixe mais aussi le cours d’eau comme continuité fluviale (amont/aval), appartenant à un système socio-hydrographique.

La méthode consiste à déployer un protocole d’enquête sur, par et avec le sensible étant donnée l’entrée centrale qu’occupe l’attachement dans notre réflexion et le dispositif culturel qu’offre Batolabo depuis le cours d’eau.

Sur l’attachement au cours d’eau : rencontrer et écouter les riverain.e.s pour savoir ce qui les lie au cours d’eau de leur territoire via leurs activités, leur mémoire, leur sensibilité et leur(s) engagement. 

Par l’attachement au cours d’eau (mettre Batolabo sur le divan) : tenir un carnet de bord quotidien par chacun.e des membres de l’équipage pour se mettre en introspection par rapport à cette aventure fluviale.

Avec l’attachement au cours d’eau : mettre à disposition une valise sensible, auprès des personnes embarquées/rencontrées, pour les placer dans une posture d’enquêteur.ice en vue de récolter les traces de cette traversée fluviale.

Projet Fluvioscope / La santé fluviale, une nouvelle question pour les Sciences Humaines et Sociales

En collaboration avec la MSH Val-de-Loire coordinatrice du projet et ses partenaires du réseau (MSH Ange Guépin, MSH Clermont-Ferrand, MSH Paris Nord, MSH Mondes, MISHA et MSHe), BatoLabo est l’un des véhicules opérationnel du projet Fluvioscope. Par l’organisation de résidences embarquées et d’escales scientifiques, il met à disposition un cadre de travail et de réflexion permettant de croiser les travaux des chercheurs du projet Fluvioscope depuis les fleuves, rivières et canaux d’Europe – de la Loire au Danube.

Le projet Fluvioscope vise à initier une réflexion interdisciplinaire sur la santé des fleuves en vue d’outiller les Sciences Humaines et Sociales (SHS) à partir de trois axes : 

  • Explorer les relations entre humains et autres qu’humain
  • Questionner le partage des savoirs (scientifiques, locaux, autochtones, traditionnels…)
  • Interroger la fabrique des droits de la nature.

Si l’étude des cours d’eau a longtemps été dominée par des disciplines comme l’hydrographie, l’hydrologie ou encore la biologie – concourant à une ingénierie dont le but a été de maîtriser/domestiquer les milieux fluviaux – aujourd’hui cette approche naturaliste a peu à peu été remise en question. Un certain nombre de disciplines issues des sciences humaines et sociales comme la géographie, l’archéologie, ou encore l’anthropologie fluviale replacent les humains et les sociétés dans l’histoire des systèmes fluviaux autour des questions de liens, de temps long et d’interactions faisant de ces derniers « des objets vivants culturels » voire des sujets de droits potentiels. Autrement dit, interroger la santé des fleuves et des rivières dit des choses sur l’état de nos sociétés et des relations d’attachement qui les relient (ou non) au cours d’eau.

Résidences embarquées

«Fluvioscope» est un projet de recherche coordonné par la Maisons des Sciences de l’Homme (MSH) Val de Loire en partenariat avec les MSHs de Strasbourg, Paris Nord, Nanterres, Clermont-Ferrand, Nantes et l’équipe de Batolabo. Il engage une coopération scientifique interdisciplinaire afin d’interroger la notion de « santé des fleuves » à partir des sciences humaines et sociales et de réfléchir collectivement à ce qu’est la santé d’une entité naturelle. Le projet se structure autour de trois axes :

  1. Explorer les relations entre humains et non-humains,
  2. Questionner le partage des savoirs (scientifiques, locaux, autochtones, traditionnels…),
  3. Interroger la fabrique des droits de la nature.

Il s’appuiera sur des résidences embarquées et des escales-ateliers dans le cadre de BatoLabo et sur des ateliers thématiques organisés au sein de MSH partenaires.

Les résidences embarquées permettront à des scientifiques des 6 MSHs impliquées de croiser leurs recherches et questionnements avec ceux de l’équipage, des artistes et des riverain·es embarqué·es à bord de la Fillonnerie.

Les escales de BatoLabo à Paris et Strasbourg sont coorganisées avec les MSHs locales.

Les résultats de la recherche seront disséminés à travers :

  • Un webdocumentaire regroupant les productions audiovisuels du projet pour sa mise en récit
  • Des actions arts-sciences en fonction des projets de résidence (organisation d’un mini-festival avec l’association Aquamour en lien avec le projet ANR HydroArts).
  • Des publications scientifiques de synthèse (opinion papers et review papers notamment)
  • Les tables-rondes et autres manifestations lors des escales sur la Seine (Paris), le Rhin (Strasbourg) et le Danube (Vienne, Novi Sad, Galați) ;
  • Des conférences grand public, des journées d’étude et des ateliers organisés dans les 6 MSHs membres du projet.

Prélèvement d’ADNe / Analyse de la composition du phytoplancton

BatoLabo s’associe à UMR CARRTEL (INRAE Thonon-les-Bains / Université Savoie-Mont-Blanc) pour une recherche sur les communautés d’algues qui peuplent les fleuves, rivières et canaux. Depuis l’estuaire de la Loire jusqu’au delta du Danube, à bord de La Fillonnerie et aux côtés d’autres bateliers et batelières impliqué·es dans cette démarche de science citoyenne (notamment lors de la Grande Remontée de Loire), nous réalisons des prélèvements tous les 15 km sur l’ensemble des cours d’eau empruntés. Les échantillons sont ensuite analysés par les équipes de l’INRAE pour renforcer les études existantes sur la diversité du phytoplancton. 

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