La Fillonnerie est un bateau-laboratoire. Mais vous ne trouverez pas de blouses blanches ni microscope à bord ! Tout au long du voyage, chercheur·ses, artistes et habitant·es des rivières participent à une enquête depuis l’eau, sur deux questions : à quoi tenons-nous quand nous tenons à une rivière ? Et que veut dire la « santé » d’un fleuve ? Trois projets de recherche portent cette enquête : une étude des attachements aux cours d’eau (CNRS-Maison des Sciences et des Humanités Claude-Nicolas Ledoux), un programme interdisciplinaire sur la santé des fleuves (Réseau des Maison des Sciences et des Humanités) et un suivi du plancton par prélèvements d’eau (INRAE de Thonon-les-Bains).

Le déplacement à bord de la Fillonnerie, bateau de Loire à caractère patrimonial, est une méthode en soi.
Par la navigation, ce dispositif inédit braque les projecteurs sur les cours d’eau et ses enjeux, rend compte des continuités entre des systèmes fluviaux fragmentés et met en lien différentes cultures fluviales avec autant de traditions, de pratiques et de savoirs que de régions arpentées.
La navigation ne joue pas ici le rôle de véhicule touristique, ni de plaisance, mais bien de véhicule exploratoire dans lequel s’élabore des espaces d’expérimentations et de mise en récits. Les données produites constituent un corpus mixte (entretiens, captation sonores, illustrations graphiques, photos, prélèvements, etc.) qui sera exploité à des fins artistiques, pédagogiques, scientifiques (résultats et créations à partir de 2027).

ReciTER – BatoLabo / Enquête sur nos attachements aux cours d’eau
En coopération avec les chercheurs de la MSHE C.N Ledoux, BatoLabo mène une enquête embarquée autour des attachements au cours d’eau qui vient nourrir la réflexion interdisciplinaire menée au sein du projet de recherche Fluvioscope (voir plus bas). La notion d’attachement revient à saisir ce à quoi nous tenons en tant qu’habitant.e.s du monde dans lequel nous vivons. Elle permet de partir de ce qui est vécu, ressenti afin de comprendre comment cela peut produire un processus d’acculturation réciproque qui s’ancre sur les caractéristiques physiques et patrimoniales du milieu fluvial. Ainsi, l’attachement sort de la sphère de l’intime pour être mis en mots, en acte dans la co-production collective d’une ressource potentiellement capable de transformer nos rapports au monde et aux autres, humain.e.s ou non.
Avec cette enquête, nous analysons la manière dont les habitant.e.s expriment et mettent en récit leur attachement au cours d’eau qu’il soit positif ou négatif. Il s’agit de capter les discours à partir de ce qui nous ancre dans un lieu/temps donné (point d’amarrage) mais également dans le cours des activités des habitant.e.s dont les lignes de vie s’entrecroisent, se tissent avec celle de notre navigation filant elle-même avec (expérience de la traversée). Ce n’est plus seulement le lieu comme point fixe mais aussi le cours d’eau comme continuité fluviale (amont/aval), appartenant à un système socio-hydrographique.
La méthode consiste à déployer un protocole d’enquête fondé sur une approche scientifique quantitative et qualitative en entrant par le sensible étant donnée l’entrée centrale qu’occupe l’attachement dans notre réflexion et le dispositif culturel qu’offre Batolabo depuis le cours d’eau :
Sur l’attachement au cours d’eau : rencontrer et écouter les riverain.e.s, grâce à un questionnaire-entretien suivi d’une analyse du discours, pour savoir ce qui les lie au cours d’eau de leur territoire via leurs activités, leur mémoire, leur sensibilité et leur(s) engagement.
Par l’attachement au cours d’eau (mettre Batolabo sur le divan) : tenir un carnet de bord quotidien par chacun.e des membres de l’équipage pour se mettre en introspection par rapport à l’aventure.
Avec l’attachement au cours d’eau : mettre à disposition des personnes embarquées/rencontrées une valise sensible pour se placer dans une posture d’enquêteur.ice pour récolter les traces de cette traversée fluviale.

2. Fluvioscope, que veut dire la » santé d’un fleuve «
Fluvioscope est un programme de recherche coordonné par la MSH Val de Loire, avec MSH Ange Guépin, MSH Clermont-Ferrand, MSH Paris Nord, MSH Mondes, MISHA et MSHe. Il ouvre une question nouvelle pour les sciences humaines et sociales : que veut dire la santé d’un fleuve, et plus largement celle d’une entité naturelle ?
Longtemps, l’étude des cours d’eau a relevé de l’hydrologie, de l’hydrographie et de la biologie, au service d’une ingénierie qui cherchait à maîtriser les milieux fluviaux. Aujourd’hui, la géographie, l’archéologie ou l’anthropologie fluviale replacent les sociétés dans l’histoire des fleuves et en font des « objets vivants culturels », voire des sujets de droit possibles. Parler de la santé d’un fleuve, c’est donc aussi parler de l’état de nos sociétés et des liens qui les attachent, ou non, à leur cours d’eau.
Le programme s’organise autour de trois axes :
BatoLabo est l’un des véhicules du programme : nous accueillons à bord des résidences et nous organisons des escales scientifiques avec les MSH locales à Paris, Strasbourg et sur le Danube. Elles permettent de croiser les recherches depuis les fleuves, rivières et canaux d’Europe.

«Fluvioscope» est un projet de recherche coordonné par la Maisons des Sciences de l’Homme (MSH) Val de Loire en partenariat avec les MSHs de Strasbourg, Paris Nord, Nanterres, Clermont-Ferrand, Nantes et l’équipe de Batolabo. Il engage une coopération scientifique interdisciplinaire afin d’interroger la notion de « santé des fleuves » à partir des sciences humaines et sociales et de réfléchir collectivement à ce qu’est la santé d’une entité naturelle. Le projet se structure autour de trois axes :
Il s’appuiera sur des résidences embarquées et des escales-ateliers dans le cadre de BatoLabo et sur des ateliers thématiques organisés au sein de MSH partenaires.
Les résidences embarquées permettront à des scientifiques des 6 MSHs impliquées de croiser leurs recherches et questionnements avec ceux de l’équipage, des artistes et des riverain·es embarqué·es à bord de la Fillonnerie.
Les escales de BatoLabo à Paris et Strasbourg sont coorganisées avec les MSHs locales.
Les résultats de la recherche seront disséminés à travers :
3. Ce que la Rivière nous raconte – ADN Environnemental et Plancton
Avec l’UMR CARRTEL (INRAE Thonon-les-Bains et Université Savoie Mont Blanc) BatoLabo mène une recherche participative sur les communautés d’algues microscopiques (le phytoplancton) qui peuplent les cours d’eau.
De l’estuaire de la Loire au delta du Danube, nous prélevons de l’eau tous les 30km. L’ADN environnemental qu’elle contient permet d’identifier les espèces présentes, notamment de diatomées et de cyanobactéries. L’équipe de recherche étudie en particulier les changements et l’homogénéisation de ces communautés, souvent liés à nos usages, ainsi que la part du hasard dans l’installation des espèces après une crue (effets stochastiques).
Nous voulons croiser ces données biologiques avec les témoignages et les attachements recueillis, pour nourrir le plaidoyer juridique en faveur des droits des rivières.

Soutiens financiers
Ce projet voit le jour grâce à nos partenaires suivants. Ils nous accueillent sur les quais et en résidence, nous conseillent, nous programment, interviennent lors des temps forts, embarquent à notre bord :
Logo, carte, dessin du bateau par Anne Zeum
Photographies de la Fillonnerie à quai et de Daphné Ackermann au piano de Pascal Avenet
Dessin « Depuis la Rivière » de Clémence Mathieu